Prologue de Philip Carr Gomm

Publié le par La Gazette des Druides

Tenter de découvrir qui étaient les druides, c’est rencontrer l’opposition entre deux idéologies, deux façons de concevoir la vie, l’une matérialiste, l’autre spiritualiste. Notre interprétation de l’histoire dépend de notre inclination idéologique ou philosophique ; et si nous ne comprenons pas que notre point de vue affecte notre interprétation du passé, notre étude du druidisme restera extrêmement confuse.

La plupart des livres consacrés aux druides sont basés à la fois sur des documents historiques concrets et sur des données ésotériques ou conjecturales, et la nature de ces informations n’est pas toujours clairement spécifiées ; de sorte que les universitaires reprochent souvent aux auteurs de confondre le réel et l’imaginaire. Un nombre plus limité d’ouvrages reposent uniquement sur les faits documentés disponibles et son représentés comme des études historiques objectives. Mais ce serait une grave erreur de croire que les livres « objectifs » correspondent obligatoirement à la vérité ; car le point de vue idéologique sous – jacent de l’historien affecte intimement sa perception et sa présentation des faits. Les données sur le druidisme ne sont pas foison. Elles sont suffisantes pour nous permettre de concevoir qui étaient les druides et ce en quoi ils croyaient, mais pas assez pour nous dispenser de faire appel à l’interprétation – une démarche forcement influencée par notre position philosophique fondamentale à l’égard de la vie, par notre conception de la nature réelle de l’homme et de sa raison d’être sur cette terre.

Le livre bien connu du professeur Stuart Piggott, The Druids, illustre bien ce fait. L’auteur s’efforce constamment d’y rester aussi objectif et « scientifique » que possible. Il expose tout d’abord en détails les sources d’information disponibles pour cette étude et les contraintes et difficultés que présente leur utilisation.

Il énumère ensuite les vestiges archéologiques et écrits permettant d’étudier le passé druidique et son renouveau, qui va du XVII siècle à nos jours. Puis il conclut que dans le lointain passé, les druides étaient des « barbares » et des « primitifs » et clôt ainsi le récit de leur disparition : « il y avait une opposition fondamentale de structure et de caractère entre la civilisation romaine et la barbarie celtique … (Les Celtes furent) les victimes de la grande lutte résultant de ce que le professeur Alfodi a appelé « la barrière morale » entre deux cultures irréconciliable – « l’antithèse fondamentale entre une humanité civilisée par la loi romaine et le monde barbare à sa périphérie , avec sa prépondérance des instincts violents et des passions bestiales  s’exprimant dans des actes tels que le sacrifice humain. Les druides, bardes devins et autres n’avaient pas leur place dans le nouvel ordre celtico- romain qui s’instaure dans les provinces de l’Empire. »

Puis il entame ainsi son étude de la renaissance du druidisme : «  en examinant...les groupes de druides autoproclamés qui représentent de nos jours les tout derniers sursauts du mythe, nous pénétrons dans un monde qui est, dès l’abord, à la fois fallacieux et plutôt pathétique. Nous pouvons commence rà Stonehenge notre triste pèlerinage à travers le fourvoiement. »

Les conclusions de cet universitaire feraient facilement renoncer toute curiosité pour le druidisme.  A quoi bon s’intéresser plus avant à un groupe de gens qui ne furent que des barbares assoiffés de sang dans le passé et ne sont aujourd’hui que de pathétiques naïfs plongés dans l’erreur ? Malheureusement pour le professeur Piggott, mais heureusement pour nous, on peut aisément comprendre que les conclusions qu’il tire de l’étude du druidisme découlent presque exclusivement de son point de vue personnel et que, présentées comme « historiques », elles peuvent elles mêmes induire dangereusement en erreur. La conception de Piggott est matérialiste. Pour lui, « la religion est un artefact social, comme le langage, la littérature, les maisons et les casseroles, les animaux domestiques ou l’utilisation des métaux. Elle est introduite dans une société pour répondre à certains besoins psychologiques et elle est intiment liée à la coutume et à la loi, aux hiérarchies dans la structure sociale et à un fonctionnement convenable des institutions qui définissent et entretiennent la cohérence de cette société. »

En psychologie cette conception » du bas vers le haut » est comme une théorie « ascendante » dans laquelle la religion est une superstructure idéologique née des besoins de l’homme et crée par lui. L’autre option est une conception « descendante » ou du « haut vers le bas », dans laquelle la spiritualité est les structures religieuses qui en découlent sont perçues comme émanent du divin, d’un monde supranaturel et que l’homme reçoit une manne, un droit inné et une source d’inspiration. La religion naît, non pas de l’être humain mais du divin, non pas des besoins de l’homme, mais pour les besoins de l’homme.

 

Initiation à la tradition druidique. Philip Carr Gomm

Edition Du Rocher 1995 Introduction p 17/18/19

Autorisation de l'auteur, juin 2010

Publié dans Religieux

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